PROJET WHO ?

Sébastien "La Fraise" Guichard

Sophie Hébert - Je ne sais toujours pas pourquoi tout le monde t'appelle "La Fraise"... Des indices ?

La Fraise - Il faut garder le mystère et en plus ça fait rire les mêmes et ça fait plus de trente années qu'on m'appelle comme ça. Promis sur ma pierre tombale je dévoilerai ce secret eh eh.

Sophie Hébert - Comme nous le savons grâce aux Inconnus... Il y a le "bon" hard rock et le "mauvais" hard rock. Dans la même veine, est-ce que tu pourrais m'expliquer ce qu'est pour toi un "bon son" et un "mauvais son" (live, album, peu importe) ?

La Fraise - Alors là c'est très subjectif, chacun a sa culture musicale, ses oreilles et suivant son état de fatigue, on ne ressent pas les mêmes choses. Pour moi l'essentiel c'est d'être au service des artistes avec lesquels je travaille et que le public ne soit pas déçu. La puissance sans être fort et sans être agressif pour les styles qui le demandent et arriver à transmettre l'émotion que l'artiste a ressentie quand il a germé ses compositions. Mixer au ressenti et arriver à oublier la technique. Travailler avec différentes personnes et différents styles m'ont permis d'élargir ma culture musicale et de construire ma façon de mixer, des rencontres humaines et musicales, un melting-pot de tout ça. Après il y a des maîtres que ce soit en live ou en studio où un jour on se dit j'aimerais bien arriver à son niveau, à faire aussi bien, mais chacun son identité, pas de plagiat.

Sophie Hébert - Il me semble que tu vadrouilles pas mal depuis quelques années, tellement tes talents sont connus, reconnus, et sollicités. Quelles ambitions pour toi aujourd'hui ? Un changement de région ? Un groupe en particulier que tu aimerais sonoriser ? Une salle où tu aimerais "sévir" ?

La Fraise - Ouh là du calme, ma règle avant tout c'est l'humilité, je ne suis qu'un homme de l'ombre et ça me va très bien, ce que je disais plus haut c'est surtout des histoires de rencontres, tous les gens avec qui j'ai travaillé et avec qui je travaille encore ce sont surtout des personnes avec qui il y a eu une étincelle à un moment donné aussi bien humaine qu'artistique. Je n'ai jamais eu de plan de carrière, j'ai déjà eu la chance avec ce métier de voyager, de rencontrer des idoles, de discuter avec eux et d'être amoureux de mon boulot. Je ne dirais jamais assez merci à Henri et Patrick qui m'ont laissé ma chance à un moment...
Après il y a toujours des fantasmes .Dépèche Mode, Queen Of The Stone Age, Alice in Chains, Bowie... ça fait rêver. Ma région je l'aime bien, même si des pays comme la Norvège ou la Chine j'y serais bien resté plus longtemps.. New-York, Berlin, ça me plairait bien. A suivre !

(Question libre) - Quelles évolutions dans la culture en France as-tu pu constater depuis que tu es dans le monde de la musique ?

La Fraise - Dans la culture ou dans d'autres domaines ces dernières années, les gens prennent moins de risques que ce soit au niveau programmations, défis techniques, etc. On se retranche derrière des chiffres, des normes de sécurité. C'est comme en politique on met des gestionnaires et des logisticiens à la tête de structures, ça a quand même pas mal perdu en spontanéité. Je pense que d'avoir voulu tout professionnaliser à une époque ça a donné des gens qui sortent d'écoles qui viennent bosser par intérêt et non plus par conviction et passion. Il y a eu un lissage, un formatage, alors quand il y a des trucs qui sortent du lot ça fait du bien. La construction de salles de concerts super bien équipées, souvent en périphéries, qu'on a demandées, et "la boboïsation " des centres historiques et les plaintes au moindre bruit ont fini par avoir la peau des lieux populaires où les gens se retrouvaient. On s'est pas donné les moyens de garder les deux, la culture ça devient plus, à quelques exceptions près, de la consommation qu'un moment où les gens se rencontrent et discutent de tout et de rien. Mais il y encore des gens passionnés, j'ai rencontré cette année deux couples qui ont carrément hypothèqué leur maison pour ouvrir un lieu de spectacle et ces initiatives ça met la pêche. Vive le do it yourself ! On croyait que le web allait tuer les fanzines, il y a maintenant des webzines, des blogs comme le tien qui peuvent être relayés dans le monde entier, pour découvrir des artistes, pour voir les squats de gigantesques friches industrielles de l'autre coté de la planète... Un outil à la fois dangereux et génial - comme quoi rien n'est perdu ! Positive vibes !

Février 2014