PROJET WHO ?

Yard Of Blondes

Sophie Hébert – Au-delà de la jolie bio qui dessine autour de ton groupe Yard of Blondes un halo de hasard et de chance, j'ai l'impression que ce projet musical est arrivé pour toi/vous comme au bon moment - humainement, musicalement. Je me trompe ?

Yard Of Blondes - Je ne sais pas si on peut dire que le projet est arrivé au bon moment ou si c’est ce moment là qui a été propice à l’apparition du projet. Ceci étant dit, le projet Yard Of Blondes n’est pas à proprement quelque chose qui se développe à partir d’une idée précise, c’est un projet qui évolue avec le temps. Je le qualifierais plutôt d’une sorte de refuge musical dans lequel on se retrouve et qui prend des formes inattendues selon ce que l’on a à dire. Ca a commencé comme un projet solo que j’avais enregistré en France à l’été 2010 avec la complicité d’Augustin Pannard (BigFoot Studio) et puis ce projet a pris une autre dimension en septembre 2010 quand j’ai rencontré Fanny à Los Angeles et il est devenu Yard Of Blondes à ce moment là. A l’époque, nous avions un guitariste qui s’appelait James et qui a quitté l’aventure après quelques mois. Très vite, notre projet acoustique s’est transformé en groupe de rock avec l’arrivée de 3 nouveaux membres, puis deux d’entre eux ont eux aussi quitté le groupe, peu après la sortie de Murderology. Depuis un an, le line up s’est stabilisé et un nouveau guitariste nous a rejoint, Justin Libremont et avec Ben Lecourt, notre batteur qui est là depuis maintenant 3ans. Il me semble que ce qui est certain, c’est que le coeur du groupe est formé par Fanny et moi et que quoiqu’il arrive, peu importe la forme stylistique et le line-up du groupe, Yard Of Blondes sera toujours le lieu où notre duo s’exprime. Pour revenir à ta question initiale, il est évident que le groupe est né le jour ou Fanny et moi nous sommes rencontrés, et qu’il est intimement lié à notre relation. Musicalement, je pense qu’on n’a cessé de grandir et si ce groupe a pu nous aider humainement au début, il y a comme un renversement aujourd’hui. On est arrivé à équilibre dans nos vies, une sorte d’apaisement et à un plus grand recul sur nous-même et ce qui se passe dans le monde. L’idée, ce n’est plus d’exister à travers le groupe, mais d’utiliser ce médium pour exprimer des choses qui nous tiennent à coeur.

Sophie Hébert – Vous vivez aux States, tournez aux States... Et devez alimenter autour de vous un maximum d'envie et de jalousie. Entre ce que vous avez connu en France et ce que vous vivez à L.A., quelle différence entre faire de la musique là-bas et ici ? De la "simple" répet' aux cachets, au public, aux rencontres, etc.

Yard Of Blondes - On ne ressent pas ni d’envie ni de jalousie à proprement parler. Il peut arriver que des gens fantasment notre vie aux Etats-Unis, mais en général ce sont des gens qui n’y ont pas mis les pieds. Cela fait 5 ans qu’on est là maintenant et les différences entre faire de la musique en France ou USA ne sont pas forcément toujours en faveur de l’Amérique. Ce que les gens ne voient pas, c’est qu’aux USA, il n’y a pas de salles subventionnées dont la mission est de permettre à des groupes amateurs de se développer, il n’y a pas non plus de statut d’intermittent, et on peut dire que les conditions d’accueil, de transport et de scène sont en général moins bonnes qu’en France. Le côté positif de la vie musicale ici est qu’on vit parmi nos influences. Le mode de vie californien, si tant est qu’on ait les moyens de s’assurer une vie décente, est très agréable. Les gens sont peut-être plus abordables qu’en France et l’on doit parfois se pincer fort quand on passe des moments avec des personnes qu’on aurait jamais pensé pouvoir rencontrer. De plus, je dirais aussi qu’il y a moins de barrières entre les gens. Il n’existe pas de sentiment de supériorité ou d’infériorité entre musiciens, même quand on rencontre des gens très célèbres, ce qui est plutôt agréable et qui donne confiance en soi. La réception de la musique rock est sûrement aussi plus simple aux Etats-Unis qu’en France car ici il existe une vraie culture autour de ce genre de musique et donc, un vrai marché. Le rock en France semble quasiment exclu des logiques de marché. Personne ne mise vraiment sur le rock et rares sont les élus qui peuvent en vivre.

Quant à notre expérience de la scène ici elle est positive. On n’a jamais ressenti d’hostilité mais plus un vrai soutien. Bref, on est très content de notre expérience américaine malgré les aspects négatifs. Au départ, je pense que je suis venu ici pour la musique, pour vivre sur les lieux de mes idoles, tenter le rêve américain, vivre dans un décor, tenter le fantasme ultime. Aujourd’hui, je dirais que c’est ma vie personnelle qui me donne envie de rester et que c’est devenu le cadre où je développe ma musique. Il ne se passe pas une semaine sans qu’on réalise qu’on est privilégiés et qu’on contemple la ville avec émoi. Los Angeles est un monstre urbain qui s’apprivoise et qui peut donner beaucoup en retour, encore une fois, encore faut-il avoir les moyens de vivre décemment, car la réalité est plus terrible pour nombre de gens ici.

Sophie Hébert - Un premier album, après quelques EP... Racontez-moi (influences, enregistrement... espoirs ?)

Yard Of Blondes - Nous sommes en plein l’enregistrement de notre premier album, il faut croire qu’on aime prendre notre temps. On essaie de faire les choses bien pour cet album et peu importe le temps que ça prendra. En tout cas, on peut dire que pour le moment, tout se déroule à merveille. Nous travaillons avec Billy Graziadei, le leader du groupe Biohazard et on a développé une vraie relation de travail et de confiance avec lui, au point qu’il est quasiment un membre à part entière du groupe. Il apporte beaucoup de motivation, d’enthousiasme et d’idées. Je pense que la rencontre avec Billy aura été déterminante pour nous. Je le pressens déjà. Evidemment, personne ne s’attendait à ce qu’il travaille avec nous étant donné qu’il est surtout connu pour être l’un des grands représentants de la scène Hardcore New-Yorkaise, loin de notre univers folk de nos débuts et peut-être tout aussi loin de Murderology, quand on y pense. Le fait est qu’on s’est rencontré à la suite de l’enregistrement de cet EP. Nous avions enregistré Murderology dans son studio avec Julian David. Je ne savais pas que qu’il lui appartenant d’ailleurs. Et puis, Julian lui a fait écouter ce qu’on faisait et il a voulu nous rencontrer. On a été surpris de savoir qu’il avait aimé Murderology et qu’il avait envie de faire quelque chose avec nous dans le futur. Deux ans plus tard, quand on a commencé à se dire qu’on enregistrerait bien un album, on est retourné le voir avec nos démos et on a écouté ce qu’il avait à en dire. Pour la première fois, on a fait un vrai travail de production avec un réalisateur. Il est rentré dans chaque morceau, il a voulu écouté tout de A à Z, même les morceaux que je ne pensais pas dignes de finir sur l’album et à partir de là il nous a donné ses impressions, ses idées et j’ai senti qu’on était sur la même longueur d’onde. Ce qui est sûr, c’est que ni Billy ni nous ne sommes accrochés à des étiquettes et je pense que cet album en surprendra plus d’un. On a expérimenté, parfois à tord, parfois pour finir par faire de belles trouvailles. On a peaufiné, travaillé le son de chaque instrument, on est rentré dans la structure de chaque morceau et on a essayé de monter le niveau de chaque chanson. Je peux dire qu’on retrouvera deux morceaux de notre précédent EP dans l’album et que les versions qu’on prépare sont des versions plus abouties que ce que nous en avions fait en 2013. Bref, la rencontre avec Billy a été un bonheur. On approche doucement de la fin de l’enregistrement et j’ai hâte de partir à l’aventure avec ce disque. Concernant les espoirs, je ne sais pas quoi répondre. Le but du jeu c’est de faire le maximum maintenant pour n’avoir aucun regret. C’est peut-être le dernier album auto-produit qu’on aura le luxe de faire et je ne veux avoir aucun regret. Je sais que Billy va défendre cet album bec et ongles et qu’il a déjà beaucoup d’idées afin de nous aider à signer avec une maison de disques, on verra bien. Voir Billy aussi mobilisé pour cet album, ça nous donne des ailes et peu importe ce qu’il advient, ça aura été la plus belle partie de la vie de Yard Of Blondes.

Yard Of Blondes - Qu’y aura-t-il de nouveau sur cet album ?

Yard Of Blondes Il y aura des morceaux plus lourds que par le passé mais aussi des morceaux plus légers. Il y aura aussi une dimension politique sur certains morceaux, qui n’existait pas auparavant. En général, les paroles auront beaucoup plus d’importance que par le passé. Il y aura du classic rock, de la noise, de la pop, une ou deux acoustiques. Fanny a abandonné le clavier pour la basse cette année pendant nos lives, aussi elle enregistre toutes les basses. L’information de taille c’est qu’il y aura aussi un peu de français sur l’album. Enfin, l’album sera masterisé par Maor Applebaum (Faith No More, System of a Down).

Janvier 2016